Route des Alpes en TR6

 

 

La traversée des Alpes en TR6.

 

Pour les non familiers du parcours, il s’agit de la route des grandes Alpes qui part de Thonon et se termine à la Méditerranée à Menton.

Les préparatifs, c’est un départ à 3, avec par ordre de préséance mon épouse, la TR6 et votre serviteur, chauffeur et mécanicien de bord. Le coffre est plein d’outil et de lubrifiants divers et variés, une seule pièce de rechange, un doigt d’allumeur ; pas de condensateur car la TR est équipée d’un allumage électronique. Il reste la banquette AR pour les affaires, nous parierons sur le beau temps et voyagerons léger.

 

Après vérification de tous les niveaux, même le pont AR !, remplacement des coupelles de maître-cylindre, resserrage de quelques vis diverses, c’est parti  avec 87915 miles au compteur.

 

6 août

Nous partons de Nonville jusqu’à Thonon par l’A6 histoire de ne pas perdre trop de temps, eh oui, nous ne sommes pas tous retraités…  Ce n’est pas un voyage passionnant, capoté car il pleut, limité à 110 km/h ,au- dessus ça fait du bruit d’air et en dessous il y a la bosse de bruit des 3000 tr/mn particulièrement entêtante avec la capote… et il ne faut pas fatiguer la belle qui n’a pas d’overdrive. Seul fait marquant, une Mercedes classe A, bétaillère de pseudo luxe, qui se fait flasher dans la descente de Beaune, juste en nous doublant. Comme on sera 2 sur la photo, le bougre devrait y échapper.

Une pause à Beaune pour le plein et une andouillette frite. A Genève le soleil apparait, il ne nous quittera plus et nous pouvons enfin décapoter.  Les montagnes couvertes de verdure plongeant sur le lac Léman avec les villas des fonctionnaires internationaux se prélassant sur les rives donne instantanément un air de vacances.

Deuxième plein à Thonon, j’en profite pour faire les pressions de pneu que j’avais oublié de faire avant de partir et je trouvais que la voiture godillait en appui à gauche… il manquait 800 grammes, honte suprême.

Arrivée le soir à Morzine nous retrouvons un couple d’ami venant de Franche Comté en Porsche Boxster et dîner à la Chamade, restaurant à cuisine très créative et à tarif raisonnable que je vous recommande, en plus il est facile à repérer, dans la rue centrale avec une façade faite de sculptures d’animaux réalisés à la tronçonneuse, du plus bel effet.

 

7 août

Avant de repartir, nous profitons du charme de la station de ski en été avec ses rues désertes. En parfait touristes, en short et chemisette, nous essayons de reconnaitre les pistes que nous avons empruntées il y a quelques années engoncées dans nos vêtements de ski.

Lors de la montée sur Samoëns, nous faisons une pause avec vue sur le Mont Blanc.

 

 

Le paysage grandiose sied à la ligne pure de la TR6 qui s’y sent chez elle. Nous profitons déjà de la musique du 6 cylindre lors des premières montées, il fait encore frai, les carbus se remplissent bien et on reste à bas régime profitant du vrombissement churchillien de l’échappement.

Pause Salade au Grand Bornand sur la terrasse d’un chalet fleuri. Nous sommes les seuls clients, et la patronne est charmante, un rêve visuel et culinaire.

 

 

Passage ensuite par La Clusaz, le Col des Aravis, Notre dame de Bellecombe, Les Saisies, Beaufort et le Lac du Roseland. La contemplation des pâturages et des cimes à 360°  est un émerveillement sans cesse renouvelé. Mais à peine arrivé en haut du col, nous voyons passer une magnifique 203 immatriculée en Haute Loire qui avec ses 40 et quelques chevaux est montée au même rythme que nous. Chapeau !!

Nous nous arrêtons pour une marche de 2 heures afin de se dégourdir les jambes et de profiter d’un point de vue sur le glacier. Fin de la journée en passant par Bourg St Maurice pour une arrivée à  Ste Foy Tarentaise.

 

8 août

Départ sous un soleil d’été et juste ce qu’il faut de fraîcheur. Le ciel est cristallin et les contrastes sont tels qu’on a l’impression de contempler une carte postale des années 50 recolonisée.

Une boucle par Tignes le Lac, les pistes noires qui nous impressionnent tous les hivers ont l’air de montagne à vaches. C’est un bel endroit aussi pour l’été, sports aquatiques, randonnées, golf, ski d’été et pas grand monde, que demander de plus ?

Passage sur le barrage direction Val d’Isère, nous traversons la rue centrale bordée de magasins de luxe, d’hôtels 4 étoiles et de chalets divins pour aussitôt attaquer la montée aride et sauvage de l’Iseran. Quel contraste !

Le 6 cylindres se joue de la pente à  10 % reprenant en 4eme à 30 km/h, les épingles sont enroulées sans efforts. Il n’y a pas à dire, les longues course et le survirage sont la preuve de l’existence de Dieu … et à bien y réfléchir la beauté de la vallée, au fond de laquelle se tapit le lac du Chevril,  en vue plongeante du haut des lacets aisément gravis la justifierait aussi pleinement. Après un arrêt aussi évident que culturellement obligatoire en haut du col de l’Iseran,

 

 

nous plongeons sur la vallée de la Maurienne direction Bonneval sur Arc. Nous y trouvons une ambiance tout à fait différente de station de ski familiale, comme un retour aux années 70, qui sont aussi celles de la TR.

Le temps de passer par Modane avec ses façades aux accents italiens et par Valloire, la cité de notre champion JB Grange, la TR repart à l’attaque du Galibier qu’elle franchit brillamment

 

 

avant de se laisser doucement descendre sur le Lautaret, la vallée de Serre Chevalier et Briançon. Ce sont les premiers moments difficiles, 32°C à l’ombre dans une vallée sans air. Ça plombe et évidemment, on n’envisage aucunement de mettre la capote. Nous retournons chercher la fraîcheur au col de l’Izoard, une montée magnifique entre les sapins, route large. Le 6 cylindres prend des vocalise et ne montre aucun essoufflement malgré l’altitude. Pause au sommet, as usual, pour profiter d’un cadre à la fois sylvestre sous les 2200 m et lunaire au-delà.

 

 

Arrêt au pied de l’Izoard après cette journée qui fut la plus chargée en cols.

 

9 août

Départ pour le col de Vars. Trois quarts d’heures perdus à Guillestre pour faire le plein. L’équation était compliquée : 3 stations-services dans le patelin dont 2 hors… service, un petit réservoir, pas de pompe en dehors des agglomérations depuis que la grande distribution a ruiné les pompistes, soit des distances supérieures à 100 km entre 2 pompes à essence, on se demande comment font les locaux.

Arrêt au col de Vars, un coup de téléphone de Pierre qui prenait des nouvelles de la santé de la famille, la TR y compris et un autre appel pour prendre des nouvelles de notre cher président que je salue respectueusement au passage et à qui nous souhaitons tous nos sincères vœux de prompt rétablissement. Après que j’eu annoncé tout fier à mes 2 interlocuteurs que la TR6 se portait comme un charme, la capricieuse sous l’effet des premières grosses chaleur refuse de démarrer, démarreur collé. Une équipe de cyclistes allemands courtois et très sympas nous démarre à la poussette et je « dégomme » le démarreur en le lançant moteur tournant, pas très académique, mais efficace.

Nous voilà parti pour le col de la Bonnette. Ce n’est pas le plus haut d’Europe, le qualificatif étant réservé au Stelvio, après le Galibier ce nom évoque des souvenirs émouvants aux nostalgiques des 8 cylindres en ligne de la marque de Molsheim, mais il comporte une petite route qui mène au pic de la Bonnette et qui est-elle la plus haute d’Europe à 2850 m et la TR6 l’a vaincue !

 

 

La montée a été un peu pénible, non pas à cause l’auto, mais de l’environnement. Les cyclistes, il est vrai que c’est leur royaume et ils s’y sentent chez eux comme nous au Mans Classique, il faut une concentration de tous les instants pour éviter leurs aléas de trajectoire. Ensuite il y a l’éternel camping-car italien ou hollandais qui prend les épingles à 10 km/h et tente une pointe à 22 km/h avant de sauter sur les freins pour le prochain virage. Il y a le motard distrait qui oublie qu’en Europe continentale, il est d’usage de rouler à droite. Mais le pire est l’autochtone en véhicule utilitaire qui sous prétexte qu’il connait parfaitement le tracé double sans visibilité, mais rassurez-vous la présence de ces « imbéciles qui sont nés quelque part » comme dirait Brassens sont l’apanage de toutes nos belles régions françaises.

Passé ces émotions, nous piquons sur Valberg pour une halte nocturne.

 

10 août

Départ dans ce qui reste de fraîcheur matinale, il est vrai que nous avons sensiblement baissé en latitude, pour les Gorges du Dimiou. Nous faisons une entorse à la route des Alpes académique en nous dirigeant vers les gorges du Verdon plutôt que vers Menton. Le paysage est grandiose, mais ce n’est rien à côté des échos du « straight six » gavé par ses 3 carburateurs double corps dur les parois des falaises qui nous entourent. Il donne des vocalises, un bruit de bombardier quittant son air Field pour la Ruhr en 1943 jusqu’à 2500 tr/mn, ensuite on accroche le mode de flexion du vilebrequin , une vraie guimauve avec ses seulement 4 paliers paléontologiques, qui donne cette fameuse résonnance à 3000 tr/mn, puis passé cette bosse de bruit, comme un day cruiser sort de l’eau et déjauge, il se met à chanter comme un V12 de 250 GT, les émissions acoustiques devenant plus métalliques avec les flutes d’échappement inox (normal l’acier austénitique a un module d’Young plus élevé que la ferraille habituelle, mais j’arrête et ne vous ferai pas le quart d’heure de l’ingénieur).

Mais le soleil commence à donner et si la TR le supporte très bien, ses passagers ont plus de difficultés. Nous sommes sauvés par le lac du Castillon qui s’offre à la baignade, cadre enchanteur, personne et eau à 25°C, le rêve. Ensuite nous faisons le plein à Castellane, même bazar que la veille, des fois on se demande si on ne vit pas dans une république bananière. Mais nous oublions vite en nous jetant dans les gorges du Verdon, et là on se dit que la France est belle.

 

 

Au moins si on perd notre industrie en restant en pole position européenne sur les prélèvements, il nous restera le tourisme ; on pourra toujours orienter nos enfants vers les écoles hôtelières plutôt que vers les grandes écoles. Donc à la sortie de ces gorges fraîches et magnifiques nous profitons d’un large point de vue sur le Lac de Ste Croix et c’est ici que s’achève notre descente.

 

Epilogue

Après une semaine supplémentaire passée dans le sud de la France, nous remontons vers le nord en passant par Turin et le tunnel de Fréjus. A noter que l’essence est 25 centimes plus chère en Italie qu’en France, le pire n’est donc jamais sûr. Pour varier les plaisirs, nous prenons la N7 de Lyon à Nemours. Le coucher de soleil sur les monts du Forez vaut le déplacement. La traversée des villages et même villes aux façades de maison fantomatiques inquiète cependant et après la foule de la côte d’azur et la surcharge de nos agglomérations on se demande dans quel monde déséquilibré nous sommes en train de basculer.

En synthèse, les paysages traversés sont splendides et ça vaut le coup de prendre le temps de profiter de nos contrées. L’accueil  de nos hôtes a toujours été très chaleureux, à une exception près que je ne citerai point. De plus, une vieille anglaise est un excellent vecteur de communication ; on ne compte plus les gens venant nous voir avec le sourire, demandant des renseignements, citant l’anecdote d’un copain ou d’un membre de la famille qui avait presque la même, demandant d’accélérer pour écouter le bruit. Sympathie que ne suscitait aucunement la Porsche Boxster malgré les qualités de ce véhicule incomparables par rapport au charme désuet de la Triumph ; mais en amour, seule la subjectivité compte.

Et en dernier lieu, la TR6 ne nous a pas trahi, 1700 miles parcouru avec un compteur à 89617 miles. Je l’ai garée comme au retour d’une rencontre du deuxième dimanche du mois et il n’y a rien à faire dessus.

Donc que du bonheur, mais quand on fait beaucoup de kilomètres sous la canicule, on comprend que ce soit surtout en Europe du nord que les cabriolets se vendent.

 

                Jean-marc

 

 

Données techniques :

2700 km parcourus

Consommation moyenne 10L4

Consommation d’huile 0L6.

Consommation d’eau néant.



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